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Au fil des jours, des mois, des années, mon dessin évolue. Je conserve mes peintures d’un genre nouveau sur disques durs jusqu’à ce qu’elles prennent le chemin de l’impression. Etape décisive du processus de création… magique, surprenante, décevante et troublante. Véritable alchimie où les 0 et les 1, maîtres éphémères de notre ère, sortent de l’oubli du stockage numérique pour naître, s’exposer, se découvrir. Les équilibres harmoniques, rythmiques s’offrent désormais au regard et à la sensibilité de l’autre.  

 

Alors peut-être que si vous tendez l’oreille, vous percevrez que mes images colorées et rythmées sonnent et résonnent. Il y a bel et bien du son dans mes peintures ! Je peint des formes qui chantent. Les regarder transporte dans une musique d’ambiance au tempo qui varie au gré du croisement des lignes droites et de l’entrelacement des  courbes.

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Démarche artistique

L’inattendu s’est manifesté en 2016 via la découverte d’une application informatique de « Digital Painting ». Les perspectives offertes par le logiciel, et ses interfaces d’utilisation complexes, (tablette, crayon numérique) ont détrôné pinceaux, chevalet, térébenthine, peinture à l’huile et acrylique… jusque-là mes médiums préférés. Il apparaît que ce nouvel outil mis au service de l’abstraction, mon domaine de prédilection durant mes années de Beaux-Arts, comporte autant de promesses que d’inconnues à explorer. Je m’y attelle, me forme et expérimente sans relâche avant de prendre ma décision de ne faire oeuvre qu’avec ce média. 

 

A partir d’un dessin à la main sur tablette graphique, je crée avec mes logiciels des pinceaux numériques sensibles à la pression et à l’inclinaison. Grâce à l’informatique, l’infini s’invite !  Tout est réglable : matériaux virtuels, formes, tailles, longueurs,  dureté, opacité. Les pinceaux se transforment selon mes envies et les besoins du moment. Ils deviennent crayon, fusain, pastel, huile, aérographe … Ils sont uniques.

 

De petite, ma tablette deviendra grande, et, debout, je retrouve les sensations vécues devant mon chevalet ou mon pupitre. Grâce à la projection sur écran, je peaufine mes choix jusqu’au cœur même de mes dessins. Une part inconnue de mon imaginaire se libère souvent à mon insu et prend soudain forme. 

Les apports techniques me fascinent et me permettent de m’exprimer en toute spontanéité. Influencé par mes années de pratique musicale, jazz et improvisation, je joue avec mon pinceau numérique comme avec mon saxophone ou mon piano. Alors, peinture et musique s’imbriquent, comme dans ma vie. Les couleurs sont mes gammes ; les formes, mes grilles d’accords ; mes touches graphiques, le rythme… la toile terminée, la partition interprétée…

Bio 

BENOIT MORLAND. Tout au long de son parcours, il oscillera entre musique et arts plastiques : quand l’une est au premier plan, l’autre n’est jamais très loin. Après une formation au conservatoire de Dole et des pratiques instrumentales diverses, il va emprunter des chemins souvent détournés pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. Après cinq années à l’école des Beaux-arts de Besançon, la musique s’invite à nouveau : Benoît quitte la région pour la faculté de musicologie à Grenoble ! 

 

Ce sont des rencontres et des « hasards » qui vont le propulser vers une longue carrière de professeur de musique. Il travaillera dans des écoles de musique en Franche Comté. Il y enseigne le solfège et la pratique instrumentale, l’éveil musical, fait des arrangements, dirige des groupes et joue (du piano, du saxophone). Il dessine beaucoup, et chaque année, trois semaines avant la rentrée scolaire qui est aussi celle des écoles de musique, il s’immerge dans son univers des arts graphiques. L’envie est intacte, la passion aussi mais il aura fallu une rencontre inattendue pour qu’un changement s’opère. Sans doute avait-il besoin de toutes ces années de pratique musicale et de belles rencontres pour franchir le pas.